PERDRE LA TÊTE À CAUSE DU SUCRE
Publié aujourd'hui
19.08.2026
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Les effets d’une alimentation trop riche en sucre comme une prise de poids, le diabète ou encore les maladies cardiovasculaires sont bien connues. En revanche, le constat de son impact sur le cerveau, et le fait qu’il pourrait le fragiliser dans le cas d’une consommation excessive est, lui, bien plus récent. C’est la conclusion d’une étude menée par un groupe de recherche de l’Université de Bâle qui a observé les effets du glucose sur la santé mentale.
Sucres ajoutés en cause
Il est évidemment crucial de distinguer les différentes sources de sucre. En effet, les dangers concernent principalement les sucres ajoutés que l’on trouve par exemple dans les sodas, les bonbons et les produits industriels. Les sucres présents dans les fruits contiennent en effet des fibres et sont ainsi absorbés moins rapidement par l’organisme. Ils ne génèrent donc pas de pics glycémiques brutaux. «Les sucres ajoutés, c’est comme mettre des pneus dans une chaudière prévue pour du bois, explique Benjamin Boutrel, responsable de l’Unité de recherche sur la neurobiologie des troubles addictifs au CHUV. Ça brûle mal, ça produit des résidus et ça encrasse la machine.»
Faire attention au type de sucre consommé a une grande importance. Le cerveau consomme à lui seul environ 20% de l’énergie du corps. Et cette énergie provient, pour la majeure partie, du sucre contenu dans notre alimentation. Le cerveau est en interaction permanente avec les hormones, les vaisseaux sanguins, le foie et le microbiote intestinal, garantissant un équilibre précieux. Lors d’un apport excessif de sucre, cet équilibre est rompu engendrant sur le long terme une altération des capacités cognitives. Car l’excès de sucre dans le sang peut entraîner une résistance à l’insuline. Or, cette hormone joue justement un rôle central dans le système nerveux. «L’insuline aide les neurones à communiquer entre eux et soutient les cellules qui protègent le cerveau, appelées cellules gliales», précise Kevin Richetin, responsable de l’Unité de recherche sur la neurobiologie du vieillissement au CHUV.
L’insuline soutient aussi la mémoire en maintenant la plasticité cérébrale, nécessaire à l’apprentissage. Lorsque cette hormone est atteinte, les protéines toxiques s’accumulent. Il s’agit notamment de la bêta-amyloïde et la protéine tau qui caractérisent la maladie d’Alzheimer, figurant parmi les démences les plus fréquentes.
La thérapie par la réduction du sucre
«C’est la dose qui fait le poison», rappelle Benjamin Boutrel. Consommer occasionnellement du sucre ne condamne pas à la démence, le cerveau possédant en effet une marge de manœuvre. À l’inverse, lors de jeûnes prolongés ou sous régime cétogène, un régime qui implique une réduction drastique des glucides, le cerveau est capable d’utiliser une source d’énergie alternative. La réduction de la consommation de sucre pour prévenir les démences est à l’étude. La Fondation allemande pour le cerveau oriente ses études en ce sens et examine le rôle du sucre industriel dans le développement de la démence. Cette thérapie a déjà fait ses preuves pour d’autres maladies, comme l’épilepsie infantile.
La recherche contre les démences se concentre aujourd’hui également sur le microbiote intestinal. Sa composition semble varier chez les personnes atteintes de troubles cognitifs. «L’analyse de signatures microbiennes dans la salive ouvre une voie pour un dépistage précoce et non invasif», relève Kevin Richetin. Une alimentation riche en sucres ajoutés déséquilibre ce microbiote, réduit sa diversité et entretient l’inflammation, perturbant ainsi l’axe intestin-cerveau. Prendre soin de son alimentation pourrait donc être un enjeu majeur dans la préservation de la santé du cerveau sur le long terme.