Des gestes simples pour sauver des nouveau-nés

Bruno Delaby

Publié il y a 2 jours

08.07.2026

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Grâce à des programmes de formation en Guinée, la mortalité néonatale a drastiquement chuté.

La mortalité néonatale, survenant dans les quatre premières semaines de vie, représente la troisième cause de décès en Guinée à travers tous les âges. Ses principales causes sont la prématurité, les infections et l'asphyxie. L’équipe de l’association Souffle2vie s’engage auprès des nouveau-nés en Guinée afin de réduire la mortalité liée au manque d’oxygène. Cette association suisse à but non lucratif a mené une vingtaine de missions sur place en dix ans. Leur dernière étude publiée à ce sujet est éloquente. À la suite d'une de leurs nombreuses formations sur la réanimation du nouveau-né, le taux de mortalité dans les six heures suivant l'accouchement a chuté de 32% à 6%. Les formations sont organisées sur deux jours, la matinée de la première journée est consacrée à la théorie, le reste du temps à la pratique. «Nous y abordons toutes les étapes de l’accouchement comportant des risques d’asphyxie, et surtout comment y faire face grâce à différents gestes simples. Du matériel comme un ballon de ventilation et un pingouin, une poire permettant de libérer les voies respiratoires, sont aussi mis à disposition», détaille Céline Lomme, infirmière clinicienne spécialisée au CHUV et membre de l'association. 

Les manipulations enseignées visent à initier la respiration spontanée du bébé. Une fois né, ce dernier est séché puis stimulé en frottant le dos et les plantes des pieds pour que sa respiration se déclenche. Ensuite, le nouveau-né est positionné sur le dos, soutenu par un petit tissu posé sous ses épaules pour positionner correctement sa tête, sans fléchissement ni extension, afin d’ouvrir les voies aériennes. 

En cas d’absence ou d’inefficacité de la respiration jusqu’à ce moment, chaque seconde compte, le nouveau-né risque une asphyxie et des conséquences neurologiques importantes. C’est là qu’interviennent le pingouin et le ballon de ventilation. Le premier est une poire, avec un bec rappelant celui de l’oiseau arctique, permettant d’aspirer d’éventuels liquides bloquant les voies respiratoires. Le ballon de ventilation, une sorte de ballon de baudruche permettant d’envoyer de l’air directement dans les poumons du nouveau-né par sa bouche, peut ensuite être utilisé. «Ces missions montrent qu'avec des gestes de base et du matériel simple, il est possible d'obtenir de nettes améliorations», explique Matthias Roth-Kleiner, directeur médical du CHUV, fondateur et président de Souffle2vie.

De manière générale, dans le monde, on estime que dix nouveau-nés sur cent auront besoin d’assistance pour commencer à respirer. Pour neuf d’entre eux des interventions simples comme décrites précédemment suffiront, et seulement un nouveau-né aura besoin de soins intensifs. «La formation que nous proposons en Guinée est pensée pour permettre aux sage-femmes de gérer les situations où une intervention simple est nécessaire», précise le médecin néonatologue Roth-Kleiner.

«Pour réduire efficacement le nombre de décès, il faut intervenir partout, pas uniquement dans les hôpitaux», explique le fondateur de Souffle2vie. Après plusieurs missions menées dans le secteur public, entre autre à l'hôpital universitaire de Conakry, la capitale de la Guinée, qui réalise environ 6000 accouchements par an, cette nouvelle mission ciblait le secteur privé. Selon l'OMS et l'UNICEF, près de la moitié des accouchements en Guinée se font sans la présence de professionnel-les de la santé. Un grand nombre de sage-femmes exercent dans le privé sans formation reconnue par l'État.

Cette récente formation, dispensée par Céline Lomme, le professeur Roth-Kleiner et les équipes guinéennes, a permis de former une cinquantaine de personnes, avec une attention particulière portée à la pédagogie ainsi qu’à la co-construction interdisciplinaire et bilatérale. La présentation théorique est interactive avec réponses aux questions des participant-es par les médecins locaux ou de Souffle2vie. La mise en place des ateliers pratiques se fait en commun, avec des tournus de la supervision entre les intervenant-es des deux équipes. «Nous ne voulons pas imposer nos méthodes. Nos formations sont toujours élaborées avec le corps médical local afin d'être le plus adaptées possible. Nous arrivons avec des idées, fournissons grâce à nos donateurs et donatrices le matériel, mais c'est ensuite aux professionnel-les sur place de prendre le relais. Le but est de former les futurs formateurs et formatrices.» 

Ces missions ont des effets significatifs sur la survie des nouveau-nés en Guinée, mais elles résonnent aussi ici. «De base, le but d’un ou une médecin est de sauver des vies et ce genre de projet permet d'agir très concrètement dans ce sens, c'est extrêmement gratifiant. Voir la satisfaction de nos collègues guinéens lorsqu'ils s'approprient ces méthodes est également très encourageant», confie Matthias Roth-Kleiner.

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