Le sport, meilleur ami de la femme enceinte
Publié aujourd'hui
08.05.2026
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«Les professionnel-les de la santé ont, durant des décennies, par précaution, conseillé aux femmes enceintes de ralentir ou d’arrêter leur pratique sportive, relève Mathilde Hyvärinen, spécialiste en activités physiques adaptées et enseignante à la Haute École de Santé -Vaud (HESAV). Désormais, on encourage au contraire le sport durant la grossesse.» De nombreuses études ont montré les bénéfices de bouger régulièrement pour une femme enceinte. Pratiquer une activité physique avec un essoufflement léger durant 2h30 par semaine ou plus concourt au bien-être mental et physique. Cette pratique diminue le risque de développer une hypertension artérielle, un diabète gestationnel et une dépression. Se mouvoir souvent favorise également une meilleure qualité de sommeil, contribue à la gestion du poids et soutient un accouchement physiologique.
Pour le fœtus, pratiquer une activité sportive n’est pas non plus dangereuse, comme l’ont montré plusieurs études récentes. «C’est l’inactivité physique qui est problématique, avec des risques de complications accrus de 40% environ. Le sport n’augmente pas les pertes de grossesse dans les 20 premières semaines (fausses couches), diminue le risque d’accouchement prématuré, et favorise l’apport d’oxygène et de nutriments pour le bébé.» Les nouvelles recommandations suisses en faveur de la pratique sportive ont été édictées en 2018 déjà.
Mais les idées reçues, héritées des anciens conseils médicaux et alimentées par une vision patriarcale de la femme jugée «fragile», ont la vie dure. «Des sportives amatrices m’ont relayé des réflexions négatives entendues durant leur grossesse, à leur centre de fitness ou dans leur entourage par exemple. Elles se sentaient coupables et craignaient de faire un faux-mouvement ou de blesser leur bébé.» Du côté des professionnelles également, le regard des autres pèse parfois. «J’ai généralement eu l’impression qu’on me prenait pour une inconsciente prête à risquer sa grossesse pour la lubie de faire du sport, confiait la sprinteuse vaudoise Sarah Atcho-Jaquier au média Blick. Or, mon but était de devenir la preuve vivante qu’on peut être enceinte, pratiquer un sport et que tout se passe super bien, jusqu’à accoucher sans aucune complication.»
Sport et grossesse, les recommandations
Une des questions régulièrement posées par les sportives enceintes durant les cours donnés par Mathilde Hyvärinnen porte sur l'existence ou non de sports à bannir. La réponse est non, à part la plongée sous-marine avec bouteilles. Conseils.
Trouver l’énergie nécessaire chaque trimestre
Au fil de la grossesse, certains symptômes peuvent apparaître et constituer des barrières à la pratique sportive. Au premier trimestre, par exemple, les nausées, les vomissements, la fatigue ou les changements d’humeur sont courants. Toutefois, il est intéressant pour les femmes enceintes de trouver quand même des moyens de bouger au quotidien, car ces maux de grossesse peuvent être atténués. La future mère ressent aussi parfois dès les premiers mois un essoufflement accru. «Celui-ci peut servir de guide: si, en faisant une pause, elle retrouve son souffle dans les cinq minutes, cela indique que tout est normal et que cet essoufflement est bénéfique et qu’elle peut continuer à pratiquer en étant essoufflée.»
Au second trimestre, d’autres symptômes émergent parfois comme des douleurs de dos ou articulaires. «Là-aussi, bouger permet en réalité de les diminuer.» Par ailleurs, une position couchée sur le dos devenue désagréable (l’enfant appuyant sur la veine cave) ou des troubles de l’équilibre peuvent nécessiter d’adapter la pratique sportive afin de réduire les inconforts et les risques de chute.
Lors du troisième trimestre, les inconforts physiques, les troubles de l’équilibre et la fatigue sont souvent en hausse. Il peut alors être judicieux d’adapter sa pratique, par exemple en privilégiant des séances plus courtes et en intégrant davantage de renforcement musculaire pour soutenir le corps.
Pratiquer selon ses envies et sa situation
«Pour aiguiller ces femmes enceinte actives, nous avons donc eu l’idée d’écrire un livre avec la sage-femme Pauline Thomas, la gynécologue du CHUV Hélène Legardeur et le professeur des universités de Lausanne et Genève, Bengt Kayser, explique Mathilde Hyvärinen. Il est baptisé Je bouge avant, pendant et après ma grossesse. Nous avons également revu les plaquettes d’informations distribuées aux patientes du CHUV. Je donne aussi des cours de sport gratuits à Lausanne et en ligne dans le cadre du programme Move Your Baby*.»
Il est à noter que le livre ne s’adresse pas uniquement aux femmes déjà sportives. Il encourage aussi les futures mères à démarrer une activité. «Nous parlons de 2h30 minimum par semaine pour avoir tous les bienfaits, mais même marcher quinzaine minutes de temps en temps est positif.» Et personne ne doit être forcé à pratiquer tel ou tel exercice. «Chaque femme enceinte peut bouger selon ses capacités et envies.»
De la même manière, il n’a pas lieu de culpabiliser les futures mères ne pouvant faire de sport. Dans certains cas, le ou la médecin recommande de se «reposer» et d’arrêter certaines activités, comme lors de maladies respiratoires ou cardiaques sévères, un diabète de type 1, ou encore une menace d’accouchement prématuré. Cependant, le mouvement au quotidien et les activités d’intensité légère sont toujours bénéfiques pour réduire les effets négatifs de la sédentarité. Par exemple, lorsque les femmes sont hospitalisées au CHUV, elles sont encouragées à bouger au moins 30 minutes par jour, à se lever au moins deux fois par heure et à participer à des séances d’activité physique adaptées deux fois par semaine.
POUR ALLER PLUS LOIN
La page internet du CHUV Bouger pendant et après la grossesse
Le livre Je bouge avant, pendant et après ma grossesse aux éditions planète santé
Le programme d’activité physique Move Your Baby de HESAV