Cancers ORL : opérer par la bouche sans toucher au visage

Bathsheba Huruy

Publié il y a 0 jours

25.09.2026

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Au CHUV, le nouvel assistant robot Da Vinci à entrée unique permet d’opérer certaines zones de la gorge directement par la bouche. In Vivo a suivi une intervention.

Atteindre une tumeur située au fond de la gorge – dans l’oropharynx, la région des amygdales et de la base de la langue – peut nécessiter une chirurgie lourde, allant jusqu’à sectionner la mâchoire pour accéder à la zone à opérer. Avec l’assistant robot Da Vinci à entrée unique, certaines de ces interventions sont désormais réalisées directement via la bouche. Au CHUV, où le dispositif est installé depuis 2026, deux chirurgiens travaillent en tandem: le professeur Christian Simon, chef du Service d’ORL et de chirurgie cervico-faciale, pilote les instruments du robot depuis une console située dans la pièce, tandis que le docteur Karma Lambercy, médecin cadre dans le même service, l’assiste au contact des patient-es. 

C’est précisément cet accès par la bouche qui fait l’intérêt de la technique en chirurgie cervico-faciale. Cette voie dite «transorale» permet de réduire les conséquences de l’intervention: l’absence de cicatrice sur le visage et sur le cou, une hospitalisation plus courte et une meilleure préservation des fonctions comme la déglutition ou la parole. La technique ne convient toutefois pas à toutes les tumeurs. Elle s’adresse à des lésions de taille limitée, accessibles par la bouche, et pour de nombreux patient-es l’alternative n’est pas une opération classique mais une radiothérapie, associée ou non à une chimiothérapie. Selon le Christian Simon, 20 à 30% de l’activité chirurgicale oncologique de la spécialité peut bénéficier de la robotique. En juillet dernier, In Vivo a suivi étape par étape une intervention destinée à retirer une masse suspecte dans la gorge d’un patient.

1/ Dégager l’accès à la gorge

Le patient anesthésié est installé sur le dos, la tête légèrement inclinée vers l’arrière pour faciliter l’accès à la bouche. Un écarteur permet de la maintenir ouverte et d’exposer la zone de la gorge que les chirurgiens doivent atteindre.

2/ Installer la caméra

Karma Lambercy fixe la caméra au bras du robot. Flexible, l’appareil est orienté pendant l’intervention pour observer la zone opérée sous différents angles.

3/ Approcher le robot

Une fois le patient préparé et la caméra installée le «docking» commence. Appelé aussi amarrage, cette étape consiste à amener le robot au bord de la table d’opération, son bras positionné au-dessus de la bouche du patient.

4/ Accéder à la gorge

La caméra, des ciseaux et une pince fine appelée «Maryland» sont introduits par la bouche du patient jusqu’à la zone à opérer. Cet abord permet d’atteindre la gorge sans ouvrir le cou ni sectionner la mâchoire.

5/ Opérer depuis une console

À quelques mètres du patient, Christian Simon opère depuis une console où sont retransmises les images de la zone opérée, en relief et fortement agrandies. À l’aide de manettes et de pédales, il contrôle les mouvements de la caméra, des ciseaux et de la pince introduits dans la gorge.

6/ Travailler en tandem

L’intervention mobilise les deux chirurgiens aux rôles complémentaires. Pendant que Christian Simon contrôle le robot depuis la console, Karma Lambercy intervient près de la tête du patient. Guidé par les images de la caméra, il aspire le sang et les sécrétions, pose si nécessaire des clips pour fermer les vaisseaux sanguins et repositionne la langue pour faciliter l’accès à la zone opérée.

7/ Couper et limiter les saignements

Parmi les instruments introduits dans la gorge figurent des ciseaux et une pince « Maryland ». Parcourus par un courant électrique, les ciseaux coupent les tissus tout en coagulant les petits vaisseaux, ce qui limite les saignements pendant le retrait de la masse.

8/ Analyser les tissus

Les tissus retirés sont transmis aux pathologistes. Un premier examen, réalisé pendant l’intervention, oriente le geste chirurgical en temps réel. Le diagnostic définitif repose toutefois sur une analyse complète des prélèvements, dont les résultats ne sont disponibles que quelques jours plus tard.