Démystifier la fécondité
Publié il y a 0 jours
25.02.2026
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Au paléolithique, les plus anciennes représentations humaines symbolisaient déjà la fécondité. Le sujet continue d’occuper les esprits 30’000 ans plus tard. «La fécondité est à la fois très mystérieuse et très importante pour toutes les personnes souhaitant devenir parents, souligne Anna Surbone, responsable de la procréation médicalement assistée au CHUV. Pendant longtemps, le fonctionnement de la reproduction humaine est resté caché. Et comme cela touchait à l’intimité des gens, on n’osait pas en parler. » Ce manque d’informations a laissé le champ libre à la diffusion de nombreuses croyances. Des méthodes plus ou moins farfelues pour enfanter des garçons ont par exemple été colportées dans nos sociétés, où la préoccupation d’avoir un héritier mâle était prépondérante.
«Contrairement à ce que des patientes imaginent, elles n’ont pas besoin de rester avec les jambes en hauteur après le
rapport, dit Anna Surbone. Les spermatozoïdes se déplacent rapidement dans l’appareil reproducteur féminin, la gravité n’y change rien. » Du sperme peut être trouvé dans le canal cervical quelques secondes après l’éjaculation, indépendamment de la position sexuelle durant le rapport, signalait également en 2022 la Société américaine de médecine reproductive. Aucune pratique sexuelle n'a non plus d'incidence sur le sexe de la progéniture.
L’image du spermatozoïde victorieux, qui a nagé le plus vite et a été le plus «fort» pour percer la membrane de la cellule maternelle, est répandue. On sait toutefois désormais que l’ovule n’a pas qu’un rôle passif. Il «choisit», dans une certaine mesure, le spermatozoïde. D’une part, selon des recherches européennes de 2020, il enverrait des signaux chimiques pour attirer les cellules mâles compatibles. Enfin, des protéines présentes à sa surface, dont une partie demeure encore mystérieuse, joueraient un rôle dans la capacité du spermatozoïde à fusionner avec lui pour ensuite donner naissance à l’ovule fécondé.
«La chute de la fertilité est une réalité à partir de 35 ans.» Avant 30 ans, une femme a 85% de chances de concevoir un enfant dans l’année, d’après le Upsala Journal of Medical Sciences. Ce taux baisse à 75% dès 30 ans, à 66% dès 35 ans et finalement à 44% dès 40 ans. Dans le même temps, le ratio de grossesses surprises parmi les quadragénaires dépasse celui des trentenaires : 31% contre 27,5% selon des statistiques américaines. «Comme il est difficile de concevoir un enfant au-delà de 40 ans sans aide médicale, certaines personnes se disent peut-être qu’elles peuvent se passer d’une contraception.» Des symptômes de préménopause, comme des cycles irréguliers, induisent peut-être aussi certaines femmes en erreur.
Le sexe biologique est vu depuis longtemps comme une sorte de loterie, avec autant de chances d’avoir une fille que d’avoir un garçon. Cette conception a été remise en cause l’été dernier dans la revue Science Advances. L’équipe de recherche a fait ressortir une corrélation entre le fait de donner naissance à une série d’enfants du même sexe et un âge maternel plus avancé. Après 29 ans, les femmes auraient ainsi plus de chances d’avoir uniquement des filles ou des garçons.
Pour aller plus loin
«Knowledge about the impact of age on fertility: a brief review», Ilse Delbaere, Sarah Verbiest, Tanja Tydén (2020)
«U.S. Pregnancy Rates Drop During Last Decade», CDC, National center for Health Statistics (2023)
«Is sex at birth a biological coin toss? Insights from a longitudinal and GWAS analysis», Siwen Wang, Bernard A. Rosner, Hongyan Huang, Janet W. Rich-Edwards, Francine Laden, Jaime E. Hart, Kathryn L. Penney, Jorge E. Chavarro, (2025)
«Chemical signals from eggs facilitate cryptic female choice in humans», John L. Fitzpatrick, Charlotte Willis, Alessandro Devigili, Amy Young, Michael Carroll, Helen R. Hunter et Daniel R. Brison (2020)
«Optimizing natural fertility: acommittee opinion», American Society for Reproductive Medicine, Birmingham, Alabama (2017)